Lucas a écrit: REEDITION.

Lucas a écrit: REEDITION.
Je suis dehors, et j'ai froid. Pris dans mon monologue amoureux, sous l'emprise de la communication téléphonique j'en oublis les quelques adolescents autour de moi. Dans une rue que je ne connaissais pas il y a une heure et qui pourtant sera le lieu du plus grand mélo-drame adolescent dans l'histoire des aventures rompues à leurs premices. Pour quelqu'un qui se prend pour Dieu et posséde de nombreux arguments pour défendre ses dires, j'ai piteuse allure. Le corps tremblant, je suis ridicule. A vrai dire tout semble l'être; mon visage, mes yeux amoureux, ma bouche et à plus forte raison qu'elle prononce ces mots que je redoutais. Tour à tour arranchant les feuilles des buissons, buvant dans mon gobelet ou balancant ce dernier en l'air, j'écoute les quelques borborygmes qu'elle m'accorde en guise d'excuses. J'insiste sur mes arguments, réfute les siens, je suis une machine programmée pour la réthorique et pour trouver le mot qui fera mouche. Pourtant ca ne prend pas, je semble n'être qu'un prototype de cette machine à convaincre, pas totalement aboutie; il s'en est fallut de peu. L'échec compris mais non accepté je referme le clapet du telephone. Tout est moche ce soir. Je perds l'equilibre et pour la première fois quelque chose est là au bon moment, au bon endroit. Le banc réceptionne ce grand gaillard d'un mètre quatre vingt, larmoyant et dégoulinant de rage et de colère. Les coudes sur les genoux, les joues dans les mains, les yeux dans un bain lacrymal il se noie...

# Posté le mardi 13 mai 2008 04:17

HAGIOGRAPHIE DE L'ADOLESCENCE ORDINAIRE

HAGIOGRAPHIE DE L'ADOLESCENCE ORDINAIRE
Il est 19h48 sur le quai de la gare. Elle a les yeux baignés de larmes mais son sourire éclaire la gare dont les ombres automnales obscurcissent les allées.Derrière la vitre sale des années de doigts aposés sur le verre, des yeux bleus la regardent et semblent vouloir graver son visage dans l'éternité ténébreuse d'une mémoire qui, pense t-elle, aura tôt fait de l'oublier.





Un jour, peut être, percerez vous les secrets du carnet.




# Posté le vendredi 09 mai 2008 16:34

J'ai la nostalgie de son sourire.

J'ai la nostalgie de son sourire.
De toute facon on est bloqué dans cet HP donc autant en profiter. Nous sommes beaux ce soir; elle et moi. Nous sommes beaux et il est tard. Minuit je pense. L'infirmière de garde imbibée d'alcool ne remarque pas que nous prenons les clés qui depassent de son pantalon trop bon marché pour figurer comme un veritable uniforme d'infirmière. C'est Lilly qui tend sa main pour attraper le trousseau, elle a pourtant plus bu que moi mais les femmes ont cette délicatesse qui ne les quitte jamais. Elle semble même se décupler dans les moments les plus importants. Le trousseau en main on court dans les couloirs froids de l'hopital. Et il y a une odeur, celle que tout le monde connait, l'odeur de l'hopital: froide, odorante et addictive. Ici c'est pire. L'odeur de la pisse , de la bouffe mal cuisinée et du parfum bon marché apparait tous les soirs et disparait au matin, quand les femmes de ménages (elles preferent le terme technicienne de surface; se donner l'illusion d'un respect et d'une dignité) viennent y faire leur travail. On est enfin devant la salle, celle pour laquelle nous nous sommes essouflés dix sept couloirs durant. Elle se trouve a l'aile D du batiment; ma chambre et la sienne sont a l'aile A. Notre pelerinage s'acheve donc devant la salle 71, aile D. Les infirmieres ont pris ulterieurement la peine de numeroter chaque clés. Sans peine on entre donc dans la piece, apres deux tours la serrure. Ca pue ici, le vieu et le neuf. C'est la salle des effets personnels des patients. Nos affaires a nous sentent le neuf etrangement apres dix mois passées ici: elles nous attendaient. On se déshabille chacun sans faire attention a ne pas se voir nu. La nudité et l'intimité, il faut s'assoir dessus ici. Chaque jour notre cul est exposé a tous ceux qui nous precedent dans les couloirs et auront la joie de voir a travers notre blouse notre anatomie adolescente. Et je vois les regards envieux des vieilles infirmières sur mes fesses blanches et enfantines. Et Lilly a compris les envies libidineuses sur sa croupe rebondie, parfaite, couleur café-au-lait; son grain de beauté sur sa fesse gauche les affole.
J'ai boutonné ma chemise, enfilé mon jean noir et lacé mes chassures; apres des mois en HP je ne suis en fin plus deguisé en fou mais en homme. Le noeud papillon en finit la panoplie. Elle détache ses longs cheveux chocolat et ses boucles reprennent leur forme originale. Sa robe satine peine a garder sa poitrine lourde a l'interieur. A travers le tissu noir, je vois ses seins courronnaient de succés mes mains agiles qui lui ferment la robe du coté, sur ses flans. J'en profite pour soulever ses cheveux et embrasser sa nuque, son menton et effleurer ses levres. Son souffle chaud me fait rougir.
Je l'attrapes par la main, saisi la bouteille de rhum coca et repars a l'assaut des couloirs. Ses talons vertigineux lui font perdre l'équilibre; elle est instable. Je suis la pour l'aider. Pour se débarrasser, elle glisse le lourd trousseau entre ses seins qui par manque de place, ne pourra glisser plus bas. Pour m'alleger moi aussi, je bois l'alcool que j'execre pourtant. Tout aussi ecoeurée, elle boit cependant. Ses pas se font plus incertains et je deviens une aide instable en cas de chute.
Comment peut on courir, rire et se cogner dans les murs sans reveiller personne ? Les patients je comprends, gavés aux tranquilisants et soignés a la morphine, se reveiller feraient d'eux des surhommes; ils ne seraient pas la , mais le personnel hospitalier ? Peut etre veulent ils laisser deux adolescents ivres profiter de leur derniere soirée, Lilly quittant demain l'établissement.
"Tu es guérie, ma petite, tu vas pouvoir t'en aller" lui a t-on dit. Je sais, que sans moi elle ne s'en sortira pas. Elle aussi en est convaincut. Tant pis elle reviendra bientot.
On se trouve pour la premiere fois de la nuit a un obstacle, la porte d'entrée ou le vieu vigile bedonnant a abandonner son poste comme tous les soirs pour aller se venger des migraines quotidiennes de sa femme, au travers d'adolescentes endormies. Tout le monde le sait, personne ne dit rien, c'est le seul a avoir accepter ce poste (on savait depuis longtemps pourquoi).
Mais l'obstacle ne resiste pas, un tour dans la cabine du vigile et la clé est trouvée. Massive, en cuivre, elle permet d'ouvrir les portes d'entrée des quatres ailes; il n'y a qu'a la C, ou la serrure se fait difficile et que seuls les personnes d'experience arrivent a ouvrir. Nous sommes dehors, la bouteille est vide, notre désir affolant. Sur le capot de la camionette du vigile, on consomme ce que nous avions réservés pour le jour ou l'un des deux quitterait le HP: notre premiere fois ensemble. Pour moi c'etait la premiere tout court. Elle m'avait raconté, qu'elle l'avait deja fait une fois, elle n'en gardait pas un bon souvenir.
Deux heures durant, la pleine lune dans la gueule on finalise nos dix mois d'amour. Elle était arrivée le 27 décembre 1986, nous etions alors le 27 octobre 1987 et elle allait partir dans quelques heures.
La rosée du matin et la lueur automnale nous reveillames. A la hate nous regagnons nos chambres. Les techniciennes de surface allaient arriver et l'odeur de pisse allait disparaitre. Qu'importe, pour moi j'aurai a jamais l'odeur de la sueur fraiche de Lilly et la saveur de sa peau caramel dans la bouche.

Elle est repartit a 9h57, toujours vetue de la robe satinée de notre nuit, lancant un sourire espiegle au vigile qui se demanderait toujours d'ou viennent les bosses a l'avant de son véhicule.


# Posté le dimanche 04 mai 2008 12:51

Modifié le lundi 05 mai 2008 18:50

P R O M__N I G H T__2 0 0 8

P  R O M__N I G H T__2 0 0 8

# Posté le samedi 03 mai 2008 19:20

Modifié le lundi 16 juin 2008 14:32